L’intérêt théorique accordé à l’autofiction semble dominer le débat actuel sur l’autobiographie en tant que genre littéraire, et cela d’autant plus que les conceptions de Doubrovsky sur l’autofiction comme «aventure du langage» favorisent autant les jeux esthétiques que la référence à soi. Toujours est-il que le discours critique s’intéresse avec prédilection à l’évolution du genre, qu’il s’agisse des approches nouvelles dues aux orientations théoriques des années ‘60-‘70 ou de la perspective ouverte par les études postcoloniales.
Le but de la section consiste, par contre, à s’interroger sur la dimension essentiellement culturelle de la pratique autobiographique. Son aspect discursif et pragmatique n’a cessé d’être souligné par les approches historiques du genre. Les références à la confession religieuse tout comme les points de convergence avec l’histoire du sujet moderne ne font que souligner cet aspect fondamental du genre, qui se situe dans un contexte particulier d’intersection des discours littéraires et philosophiques.
Il n’est pas donc surprenant qu’en insistant sur les particularités de l’époque (contexte de production), l’approche culturelle devienne de plus en plus révélatrice pour un genre oscillant entre factualité et fiction. Cette orientation semble être confirmée par les approches théoriques mettant l’accent sur la dimension pragmatique de l’autobiographie (Lejeune, Bruss), d’autant plus que c’est à l’histoire de la vie privée que les lecteurs s’intéressent.
L’évolution du genre dans le contexte français de production constitue un exemple concret de cette dimension profondément culturelle de l’autobiographie, d’autant plus qu’en France, le genre s’inscrit dans une longue tradition. Le changement des paradigmes ayant eu lieu dans les années ‘80 montre que l’histoire de l’autobiographie est marquée par la question essentielle de l’authenticité/inauthenticité. Les textes autobiographiques des anciens nouveaux romanciers se caractérisent par l’intertextualité et l’autoréférentialité, qui sont non seulement les conséquences des paradigmes postmodernes mais sont tout aussi spécifiques pour la littérature française contemporaine.
L’Espagne, quant à elle, ne jouit pas d’une tradition propre du genre. Après 1975 cependant, on constate une popularité croissante de la littérature de nature autobiographique. La spécificité du genre s’articule en particulier autour des discours identitaires, collectifs et individuels. Si l’autobiographie tend à donner une vision nouvelle du rapport au franquisme pendant la transición, il y a aussi toute une littérature de témoignages qui accompagne ce processus. Dans le gendered writing caractéristique de la Movida, l’autobiographie devient un moyen de l’émancipation personnelle. A partir de 1990, la prolifération du genre se situe sous le signe de la question identitaire postmoderne: les auteurs créent des univers de l’intertextualité et s’adonnent de plus en plus à la fictionnalisation de l’autobiographique. Actuellement, le genre participe du processus de la mémorisation, qui est devenu un thème essentiel depuis l’entrée dans le vingt-et-unième siècle.
Dans le contexte de la littérature africaine francophone, on constate également l’absence d’une tradition du genre, due, entre autres, à la permanence d’une culture de l’oralité, et à l’impact du contexte religieux, en grande partie musulman, sur la question – problématique – du déploiement du sujet.
Dans le cas des écrivains d’origine juive, c’est la question de la (non-)assimilation (par exemple en Italie) qui est déterminante, d’où la nécessité de s’interroger sur les particularités d’une autobiographie « typiquement » juive.
L’autobiographie témoigne donc d’une composante essentiellement culturelle, elle ne saurait être envisagée en dehors des particularités discursives ou des débats théoriques menés dans différents contextes de production. Les travaux se proposent donc, tout en se concentrant sur l’autobiographie comme genre littéraire, de s’interroger sur la diversité des formes de manifestation des pratiques contemporaines. Les contributions devraient mettre en évidence la dimension éminemment culturelle des textes, que ce soit dans une perspective comparatiste ou que ce soit dans des analyses consacrées à des cas particuliers.